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Quelques grandes notions sur les

 

NEVROSES, PSYCHOSES ET PERVERSIONS

 

INTRODUCTION

 

Classiquement l'on reconnaît trois grandes structures de la vie psychique : la névrose, la psychose, la perversion. Cet artifice de la pensée, commode pour le raisonnement, le diagnostic, l'orientation, ... ne doit pas faire oublier que l'Homme n'est pas réductible à une structure, que sa vie excède de tels classements. La joie, la souffrance, le bonheur, le désir, les délires ou les colères appartiennent aux humeurs de la vie humaine: chaque humain connaît ou a connu des traits qui feraient de lui un fou ou un pervers, et pourtant, il mène, globalement, sa barque. Il s'agit dès lors d'être très prudent dans le maniement des lignes qui vont suivre, et de ne pas étiqueter les êtres humains, qui sont par nature au-delà de toute catégorie.

 

Enfin, il sera ici présenté en grandes lignes ce que des chercheurs mirent des décennies à établir: il n'est pas question d'exhaustivité. La réalité est, bien entendu, infiniment plus complexe. Plus avant, la distinction entre névrose, psychose et perversion est un art difficile, même pour les plus grands spécialistes. S'agit-il de classer un geste de désespoir ou d'agressivité d'un chômeur de longue durée dans une catégorie de délire psychotique ? de simple moment de panique ? dans une stratégie perverse pour bénéficier des aides de l'Etat ? On le constate, la vie humaine mêle des réalités diverses, intriquées. On a l'habitude de commettre une différence entre la structure d'une personne, qui indique sa direction fondamentale, et les traits, qui repèrent certains moments particuliers du comportement, qui peuvent ne pas appartenir la structure fondamentale du sujet.

 

L'usage de cette présentation sommaire sera de disposer d'un vocabulaire de base afin de pouvoir communiquer entre professionnels dans un langage commun, précis (si possible) et de s'entendre sur des phénomènes observés. La chose n'est pas aisée, et requiert patience et expérience. Ces habitus langagiers permettront également de mieux orienter certains usagers, et de pouvoir peut-être un peu davantage comprendre les professionnels de la vie psychique, et leur langue souvent impénétrable. Enfin, pour chaque travailleur social, ces connaissances permettront probablement de lever une part de l'angoisse et du malaise souvent issus d'un «je n'y connais rien » ou d'un « on ne m'a jamais expliqué ».

 

 

1. LES NEVROSES

 

 L'immense majorité des humains appartiennent à cette catégorie: ils sont névrosés, ce qui signifie qu'ils savent avoir des problèmes, qu'ils sont, quelques fois même conscients de leurs difficultés et de leur nature, voire qu'ils sont capables de les analyser et de les traiter, de s'en occuper ou de créer un contexte qui leur permet de « faire avec », ce qu'on appelle un aménagement symptomatique. Ceci bien entendu ne signifie pas que tous leurs problèmes sont ou seront résolus, une fois pour toutes...! Mais du moins, à la survenue de nouvelles décompensation, de tels sujets en auront déjà une connaissance préalable, et un certain savoir-faire avec leur symptôme.

 

Il s'agit ici de ne pas taire une hypothèse fondamentale : tout sujet (on parle volontiers de sujet, car chaque être est le sujet non seulement du langage mais également d'un inconscient, d'un désir, d'un manque, etc...) a des problèmes, que nous nommerons symptôme. Un symptôme est ce qui constitue l'expression d'un conflit inconscient. Par exemple, le malaise que ressent systématiquenemt un bénéficiaire du RMI devant son interlocuteur social, car le désir d'avoir une (certaine) autonomie financière, de tutelle, le taraude et la situation qui est la sienne vient lui rappeler qu'il n'est pas encore prêt à l'accomplissement de son désir, ou tout simplement, qu'au fond, inconsciemment, pour des raisons qui appartiennent à son histoire (rapport pathologique de dépendance que sa mère lui faisait entretenir, par exemple, contribuant à l'infantiliser), il ne désire pas vraiment vivre une autonomie réelle; ces deux désirs, conscient et inconscient, co-existent, dans une situation conflictuelle, d'où le malaise.

 

Le symptôme joue un rôle important dans la vie de tous les jours, pour le névrosé. Il vit avec son symptôme, souvent depuis fort longtemps, et doit aménager son existence en fonction de celui-ci, afin de ne pas exclure de son quotidien un gain de plaisir. Tout sujet a fondamentalement besoin de plaisir, sans quoi il dépérit. Il fuira les individus qui menacent son plaisir propre, fréquentera davantage ceux qui y contribuent; c'est ce qu'illustre le concept d'affinités électives. Pour ce faire, il usera de mécanismes tels que le refoulement (par lequel, dans un contexte donné, il réprime les affects de déplaisir et d'angoisse), l'identification (par lequel il sait adopter des caractères, parties ou tout, d'un autre individu), la projection (où il expulse hors de lui, souvent sur un autre individu ou un autre objet, des pulsions inacceptables pour lui ou pour la société), le déplacement (où le sujet oriente ses choix pulsionnels sur un objet qu'il considère plus acceptable) ou la régression (lors de laquelle le sujet retrouve des positions ou attitudes infantiles face à des conflits qu'il n'arrive pas à gérer et qui le submergent).

 

Le sujet est sans cesse en recherche de plaisir. Or, face à ce principe de plaisir, vient s'imposer un principe de réalité, qu'il est coûteux d'affronter. Cette situation, tout sujet en a une connaissance profonde. Elle a débuté lorsque bébé, il avait faim ou soif ou froid, et que sa mère, quoique suffisamment bonne mère, mais ayant également sa vie à prendre en compte, était absente. Le stratagème qu'il a élaboré alors (pleurs, cris, etc...) est aujourd'hui encore le même dans sa vie d'adulte, avec des moyens certes plus rafinés. Il est inutile de pointer les besoins à affronter ce principe de réalité: tout sujet en connaît la nécessité. En revanche, comme bébé fut accompagné de sa mère (et il s'en rappellera toujours), tout névrosé a besoin d'accompagnement devant ses difficultés. Ainsi, il pourra dépasser ce sentiment d'incommensurable de tout conflit.

 

L'on a l'habitude d'établir une répartition des névroses en trois grandes familles : l'obsession, l'hystérie et la phobie. Quand bien même il serait possible de repérer ce qui constitue chacune des trois sous-structures, il n'est jamais de pureté absolue en un tel domaine. Tout névrosé présente, généralement, des particularités de deux au moins, voire des trois sous-structures.

 

 

1.1 L'obsession

 

Le sujet frappé de névrose obsessionnelle voit, dans le cours de sa pensée, de ses idées, de ses sentiments, l'irruption d'une pensée angoissante, obsédante, qui l'habite malgré lui. Il n'en a pas le moindre contrôle, et le phénomène (qui lui apparaît d'une nature un peu morbide) continue en dépit de ses efforts pour s'en débarrasser. Il est le siège d'une compulsion, c'est à dire une action qu'il est obligé d'accomplir contre sa volonté consciente. Cette compulsion existe un certain temps plus ou moins long, le sujet en reconnaît généralement le caractère absurde, mais il ne peut s'empêcher de l'accomplir de manière répétitive.

 

Le cas d'Olivier

 

Olivier a 45 ans, vit seul avec sa mère dans un pavillon des Hauts-de-Seine, appartement qu'il n'a jamais quitté depuis la mort de son père survenue 20 années auparavant. Olivier a travaillé quelques années après l'obtention de son baccalauréat, dans le monde informatique où il livrait des pièces détachées à des entreprises. Mais au bout de 8 ans, le chômage s'est installé. Il n'a jamais eu de vie sociale très développée, ne sortant pas, ne fréquentant d'autres amis que ceux du couple de ses parents. Olivier est obsédé par la crainte d'être sali par des objets ou des situations environnantes, ce qui l'oblige à éviter au maximum ces objets et à se laver méthodiquement après les avoir touchés ou approchés. Il a ainsi, au cours des derniers temps, restreint de plus en plus ses activités en dehors de son domicile, qu'il ne peut quitter qu'à condition d'efforts considérables et moyennant des rituels compliqués afin d'éviter au maximum les risques de souillure et de contamination. Il emprunte toujours le même itinéraire pour sortir de chez lui, fréquente les même magasins, achète les mêmes produits. Il n'arrête pas de se laver, passe un temps infini dans la salle de bains, et occupe le reste de son temps à ranger, faire le ménage et lessiver le pavillon, lorsqu'il ne bricole pas pour améliorer telle ou telle fonctionnalité d'un appareil ancien. Olivier consacre tout son temps libre à ces activités de nettoyage, y compris la nuit, finissant même par dormir une bonne partie de la journée, épuisé par cette course à la propreté absolue.

 

 

1.2 L'hystérie

 

La structure hystérique se caractérise par des manifestations extêmement variées, où le sujet connaît des crises (on parle de crises hystériques) sérieuses, lors desquelles il met en jeu son corps. Il n'existe jamais de lésion authentique, tout est provoqué, produit, créé de toutes pièces. Son discours est criblé de plaintes, de revendications relatives aux dysfonctionnements de son corps (organiques, sexuels, narcissiques,...), il consulte souvent de nombreux acteurs du monde de la santé (psychique et somatique) afin de résoudre l'angoisse induite et théâtralise son corps, revêtant un aspect phallique.

 

Le cas d'Hélène

 

Hélène est une jeune femme de 32 ans, très séduisante, et qui plaît beaucoup aux garçons. Elle est d'origine grecque, mais a grandi en France, y a fait des études en ressources humaines. Elle a plusieurs fois déjà changé de poste et d'entreprise, mais gagne bien sa vie. Hélène connaît un grave échec dans sa vie : elle n'a pas de copain stable. Elle rencontre très facilement du monde, pourtant, sa sociabilité lui attire de nombreuses invitations de ci de là, elle fréquente même des lieux très en vue et obtient des cartons d'invitation pour des soirées prisées. Elle est régulièrement courtisée par de fort beaux garçons, qui ont de belles situations, mais rien ne se concrétise dans la stabilité et la durée. A son psychanalyste, qu'elle voit depuis quelque temps, Hélène décrit, l'un après l'autre, en y croyant à chaque fois, sa dernière rencontre amoureuse, convaincue que « cette fois-ci, ce sera le bon, croyez-moi! ». Rien n'y fait: les hommes la quittent tous au bout de quelques semaines voire de quelques jours. Elle a une meilleure amie à qui elle confie tout. Elle ne se reconnaît plus, elle qui avait juré n'être la femme que d'un seul homme ! Depuis quelques années, il lui arrive d'avoir ce qu'elle nomme ses « boules d'angoisse »: sa gorge est toute serrée, chaude, « ça monte, ça monte » et les larmes lui viennent au milieu de tout un tremblement. Elle ne sait pas d'où cela provient, elle a pourtant tout ce qu'il lui faut. La dernière fois qu'elle a connu cette boule d'angoisse, elle a du quitter son travail et a été arrêtée pour une semaine de repos.

 

1.3 La phobie

 

Le sujet phobique est en proie à une crainte angoissante dès qu'il est confronté à un objet ou une situation donnée, alors que cet objet ou cette situation ne présentent aucun caractère de danger. Le sujet sait reconnaître l'aspect déplacé ou absurde d'une telle crainte, mais quelque chose lui semble non-maîtrisable. Initialement, c'est l'objet ou la situation qui provoquent la crainte, et peu à peu la seule évocation ou anticipation peuvent générer de l'angoisse. Le sujet va développer des stratégies évitantes. On distingue les phobies simples (objets, animaux, insectes,...) des phobies sociales (foule, magasins, métro,...).

 

Le cas de Patricia

 

Patricia a quarante ans, est mariée et n'a pas d'enfant. Elle a cessé son travail peu de temps après son mariage. Elle est la dernière d'une fratrie de trois. Sa soeur aînée est décédée lors d'un accident de voiture alors qu'elle avait 22 ans. Son frère vient d'être opéré d'un triple pontage coronarien. Patricia a toujours été d'un tempérament inquiet, craignant pour sa santé ou celle de ses proches. Elle n'a par ailleurs jamais été très à l'aise dans les lieux publics ou les espaces clos. Son époux vient d'être muté dans les Hauts-de-Seine et ils bénéficient d'un appartement de fonction au neuvième étage, alors qu'ils vivaient précédemment dans un pavillon de province. Depuis ce changement, Patricia présente une gène croissante dans sa vie quotidienne. Elle ne sort presque plus de son domicile. Elle décrit l'existence de fortes crises d'angoisse répétées, survenant brutalement dans l'ascenseur qu'elle avait pourtant l'habitude d'emprunter. Elle décrit dans ces circonstances une impression de malaise, une souffrance, une peur mal définie, des difficultés à respirer et une faiblesse musculaire. Sortant moins, elle restreint de plus en plus ses activités. Elle hésite à se déplacer, comportement d'autant plus invalidant qu'il coïncide avec une période durant laquelle son mari s'absente régulièrement pour des raisons professionnelles. Elle reste alors seule chez elle, craignant de faire un malaise dans l'ascenseur, ses tentatives pour descendre et remonter l'escalier s'étant révélées fort éprouvantes physiquement.

 

 

La notion de cas limite

 

Il est parfois fait mention de sujets relevant d'un « état-limite » ou borderline. On souhaite caractériser ainsi l'instabilité de l'humeur, des relations avec autrui, des capacités à s'insérer durablement dans le monde du travail, de l'image de soi. Toutefois, il ne s'agit pas réellement d'une entité à part entière, mais une telle étiquette relève plus souvent d'une faiblesse de diagnostic.

 

Il s'agit toutefois de ne pas oublier qu'un sujet n'est pas « étiquetable », que sa vie excède bien entendu ce que prévoient pour lui des caractéristiques de structure. Bien souvent, il procède de traits d'une structure ou d'une sous-structure voisines, qui rendent difficile le jugement structural, par la complexité des êtres...

 

Cette entité de cas-limite trouve ici sa juste place entre la névrose et la psychose. Elle vient rappeler que les contours en sont flous, dans la réalité humaine. Bien souvent, des sujets relevant de la psychose, pour ce que quelque chose semble, a priori, stabilisé, socialement intégré, ne sont pas décrits comme psychotiques (une telle dénomination n'étant pas toujours aisé à administrer ou à porter...). On parle alors de psychose blanche.

 

 

2. LES PSYCHOSES

 

Les psychoses recouvrent une très large gamme de maladies mentales et constituent l'objet du travail du psychiatre. Alors que le névrosé se sait névrosé et peut dès lors débuter un travail psychique afin d'y remédier, le psychotique demeure le plus souvent dans l'ignorance de son affection, et, dans tous les cas, n'arrive pas par lui-même à faire cesser les causes de son état. La psychiatrie elle-même, pendant de longues années, restait impuissante à traiter les psychotiques; elle se contentait de classer les symptômes. A présent, l'industrie pharmaceutique a fait des progrès considérables, depuis les années 1950 et la découverte des premiers neuroleptiques, et les humeurs parviennent grâce à elle à se stabiliser, les délires à diminuer sérieusement d'intensité. Toutefois, les effets secondaires (prise de poids, perte d'appétit sexuel, sédation très forte, nausée, ...) restent très importants, et l'ensemble des symptômes n'est pas encore traitable. Des progrès considérables restent à venir, d'autant plus que les médicaments ne contribuent pas à guérir, mais à faire disparaître des symptômes, c'est à dire à chroniciser une dépendance pharmacologique.

 

Fondamentalement, la psychose est un rapport perturbé à la réalité, et il est un moment essentiel (qui se répète sans parvenir à son but) de la vie du psychotique: l'épisode délirant, qui tente de restaurer le lien à la réalité des choses, appelé lien d'objet. C'est lors de l'épisode délirant que le psychotique est vraisemblablement le plus en souffrance, car au plus près d'une certaine forme de lucidité de sa perturbation: il tente, il essaye, mais ses essais sont hélas! structuralement voués à l'échec systématique. Le statut du délire est ici à prendre avec précaution: le sujet psychotique de démords pas de la réalité de son délire, croit en sa réalité et n'admet pas qu'il s'agit d'une maladie nécessitant un traitement. Voilà pourquoi il n'est pas rare que le sujet psychotique fasse l'objet d'hospitalisations contre son gré, appelées hospitalisations sous contrainte. Le sujet psychotique est également troublé dans sa faculté de communiquer, voire parfois totalement empêché: il ne parvient pas à se faire entendre correctement, ce qui se traduit socialement bien souvent par une grande errance professionnelle, économique, etc... ainsi qu'un repli sur soi important, pouvant confiner à un certain autisme. Enfin, les troubles du sujet psychotique procède d'une origine souvent difficile à comprendre, à reconnaître, et font toujours apparaître un aspect de bizarrerie.

 

L'on distingue généralement entre une évolution aiguë, d'une survenue rapide et d'une durée brève, et une évolution chronique d'une durée plus installée dans le temps. Pour le sujet psychotique, à tout moment, un déclenchement délirant peut survenir. C'est dans cette extrême fragilité qu'il s'agit de le considérer. En effet, alors que le propre du névrosé réside dans l'opération du refoulement, pour le psychotique, un affect, une pensée, une réalité insupportables ou refusés par lui ne sont pas refoulés mais renvoyés, rejetés (on parle de forclusion) dans un ailleurs, un trou, comme si cela n'avait jamais existé. Bien sûr, une telle position n'est tenable qu'à condition que tout l'environnement l'accepte, et collabore à un tel rejet. Or, socialement, ce n'est pas tenable. Le sujet psychotique est donc condamné à errer avec ses rejets d'une partie parfois importante de la réalité avec laquelle vivent ses pairs névrosés, tant bien que mal.

 

Les psychoses sont nombreuses. On en abordera ici trois significatives : la psychose maniaco-dépressive, la schizophrénie et la paranoïa. Ces trois illustrations constituent la plus grande partie des sujets psychotiques. Mais on pourrait également citer la psychose puerpérale, la psychose hallucinatoire chronique, les troubles mentaux organiques ou liés à l'usage de substances psycho-actives, les personnalités multiples, etc...

 

 

2.1 La psychose maniaco-dépressive

 

La psychose maniaco-dépressive est un trouble de l'humeur qui touche environ 1,2% de la population générale. Afin d'éradiquer le terme de psychose de la nosographie (les effets sur le sujet peuvent être dévastateurs) les psychiatres parlent plus volontiers de troubles bi-polaires; il peut aussi se décliner en trouble unipolaire : il connaît alors deux versants, l'accès maniaque et l'accès dépressif. La manie (unipolaire) survient généralement plus tôt dans la vie, vers 25-30 ans, la dépression (unipolaire) se manifestant plutôt vers 40-50 ans; la psychose maniaco-dépressive (dans sa version bipolaire), quant à elle, débute assez tôt dans la vie, vers 25-30 ans.

 

L'accès maniaque se caractérise par trois grands symptômes : l'euphorie (trouble de l'humeur), l'hyperactivité (trouble du comportement) et la fuite des idées (trouble intellectuel). L'accès maniaque évolue généralement vers un accès dépressif.

 

L'accès mélancolique est une forme grave de dépression, caractérisée par une présence fréquente d'idées délirantes, un aspect d'incurie, une intensité des idées suicidaires et une méconnaissance du caractère pathologique de l'état. L'accès survient souvent après un épisode maniaque, c'est ce qu'on nomme le virage de l'humeur. Le sujet est désespéré, au plus profond de la tristesse, du pessimisme et de la culpabilité.

 

Le cas de Paul Maurice-Didier

 

Paul Maurice-Didier, 55 ans, a été hospitalisé en urgence parce que, très excité, il avait apostrophé un agent de police sur la voie publique. Depuis une semaine, son état inquiétait ses proches et ses voisins : il passait la nuit à écouter de la musique, rentrait tard après des soirées passées dans des boîtes de nuit, où il dépensait beaucoup d'argent. Sa présence sur les lieux de son travail était devenue très limitée, car il avait de multiples affaires en cours. Il conduisait très vite. Très empressé auprès des dames, parfois grivois, il n'hésitait pas à oser des gestes déplacés. Hospitalisé en hospitalisation d'office, il n'a pas le droit de sortir. Il va et vient, parle sans arrêt, considère qu'il a fait une découverte très importante: il faut qu'il joigne le Ministre de la Défense pour lui en parler le plus vite possible. Paul Maurice-Didier est divorcé et vit seul. Mais il a une amie qu'il fréquente depuis plusieurs années. Celle-ci explique qu'il a déjà présenté un accès d'excitation similaire un an auparavant. Lors de la réunion d'équipe hospitalière, le projet thérapeutique est le suivant : traitement de l'état maniaque, et réinsertion socio-professionnelle.

 

 

2.2 La schizophrénie

 

Le terme de schizophrénie regroupe un ensemble de troubles distincts, cependant l'Organisation Mondiale de la Santé en donne une définition utile : distorsions fondamentales et caractéristiques de la pensée et de la perception, accompagnées d'affects inappropriés ou émoussés. Les symptômes sont variables : écho de la pensée, pensée imposée, idées délirantes de contrôle, d'influence, de passivité, perception délirante, hallucinations auditives (des voix parlent), sensation de pouvoirs surhumains, hallucinations persistantes, néologismes, écholalie (reproduction automatique des paroles d'autrui), échopraxie (des gestes d'autrui), échomimie (de la mimique d'autrui), interruption ou altération du cours de la pensée, négativisme, stupeur, mutisme, apathie, pauvreté du discours, perte d'intérêt, comportement sans but, inactivité, retrait social, ...

 

Cette pathologie touche environ 0,2 à 0,5 % de la population générale. Elle appartient au groupe des troubles dissociatifs, c'est-à-dire des troubles des processus associatifs de la pensée. Le terme de schizophrénie provient du grec schizein, divisé, et phrên, esprit. Habituellement l'âge de survenue se situe autour de 15-25 ans. On parle également des symptômes de discordance : bizarerie dans la présentation, le contact, l'expression motrice, les conduites motrices. Enfin ce qui domine la tableau, c'est une incohérence importante.

 

La difficulté concernant la schizophrénie réside dans la parenté avec certains symptômes relevant de la psychose maniaco-dépressive, notament les signes relevant de la lignée thymique (de l'humeur). On cite généralement l'absence de signes pathognomoniques, c'est-à-dire des signes qui pourraient clairement orienter un diagnotic précis et indubitable. L'entrée dans la schizophrénie est généralement lente, insidieuse. Les recherches portent sur de possibles origines génétiques, mais aucune étiologie (origine de la pathologie) n'est établie avec assurance à ce jour. La bouffée délirante aiguë (délire aigu survenant chez un sujet tel « un coup de tonnerre dans un ciel serein ») peut constituer un mode d'entrée dans la schizophrénie. On distingue les formes de schizophrénies paranoïde (à motif de persécution), hébéphrénique (perturbation des affects), catatonique (perturbations psychomotrices importantes ) ou simple. En toute circonstance, le sujet schizophrène requiert un traitement médical important, un encadrement sérieux.

 

Le cas de Sophie

 

Sophie, 23 ans, est hospitalisée dans un service de psychiatrie, en raisons de troubles sur la voie publique. Elle a suivi une femme âgée et l'a agressée verbalement, l'accusant de se moquer d'elle, et d'être chargée de la surveiller. Elle a entendu cette femme dire « voyou » dès qu'elle l'a rencontrée dans une grande surface. Depuis plusieurs semaines, le comportement de Sophie s'est progressivement altéré : elle se replie sur elle, rit fréquemment sans raison apparente, semble absente, ne va plus en cours, tient des propos incohérents. Sophie vit en résidence universitaire depuis le début de l'année, où elle a repris ses études de droit après un an d'interruption. Auparavant, elle habitait chez ses parents. Elle a un frère plus jeune de deux ans, encore au domicile parental. Il y a deux ans, Sophie avait été hospitalisée dans un service d'ORL parce qu'elle entendait des bruits bizarres. Les examens n'avaient rien montré d'anormal et la patiente avait été orientée vers un psychiatre. Son traitement a toujours été mal accepté par la patiente, malgré une bonne efficacité sur les symptômes qu'elle présentait alors : hallucinations auditives, discordance, perte de l'élan vital, isolement social, idées délirantes mal systématisées, à thème surtout persécutif. Elle avait finalement décidé de reprendre ses études, et Sophie a arrêté tout traitement et toute prise en charge quatre mois avant l'hospitalisation. A l'entretien, Sophie a des attitudes d'écoute et répond souvent à côté. Ses propos sont difficiles à suivre et manifestement délirants. Elle explique qu'une voix commente ses actes, ses pensées, qu'une force extérieure la dirige et lui donne des ordres. Ses compagnons d'étude font des remarques alors qu'elle entre dans l'amphithéâtre, surtout les garçons, qui la repoussent. Sophie se plaint d'être fatiguée, d'avoir du mal à travailler, à prendre les cours, à réviser les examens, à pratiquer des activités de loisir.Elle ne reconnaît pas la nature pathologique de ses troubles et accepte l'hospitalisation passivement, à condition qu'elle soit de courte durée. Le projet thérapeutique comporte à court terme l'instauration d'une relation de confiance avec l'équipe soignante, un ancrage dans la réalité.

 

2.3 La paranoïa

 

Le sujet paranoïaque est en proie à une idée délirante unique, parfois un groupe d'idées, habituellement persistantes, durant parfois toute la vie. Il s'agit habituellement d'idées délirantes de persécution, hypocondriaques ou de grandeur, mais parfois également de revendication ou de jalousie; parfois, le sujet pense que son corps est difforme, que les autres pensent qu'il sent mauvais ou qu'il est homosexuel.

 

On pourrait croire le paranoïaque obsédé par les autres et par l'extérieur : en réalité il est obsédé par lui-même, il n'est qu'à l'intérieur de lui-même, il ne peut pas en sortir. Il est totalitaire, unifié, monolithique, il n'a pas de dialectique interne, pas de duplicité, pas d'humour. Le sujet paranoïaque est parfaitement rigide.

 

Différents processus se mettent en place : la mégalomanie (je veux que les autres soient comme moi), la domination, la persécution, l'indignation, la dénonciation, le mépris, l'adoration idolâtre d'un modèle, le culte d'une idée, l'idéalisme passionné, la jalousie, l'érotomanie, la revendication pour l'autre. Il s'agit de ne pas perdre de vue que délirer signifie « sortir du sillon », dérailler.

 

Le cas de Petra

 

Petra, célibataire, âgée de 32 ans, est hospitalisée à la suite d'une absorption excessive d'hypnotiques réalisée dans un moment de désarroi. N'en pouvant plus, ne parvenant plus à dormir, presque suicidaire, Petra a avalé de nombreux médicaments (parmi ceux prescrits par son médecin), puis s'est affolée et s'est présentée aux urgences de l'hôpital. Au bout de quelques jours, après une réanimation légère, et une surveillance attentive, elle fait part de ses préoccupations. Enseignante, professeur d'anglais dans un collège des Hauts-de Seine, Petra vit seule, ses parents et ses frères et soeurs vivent dans une autre région. Depuis six ans elle a souvent changé d'établissement, n'arrivant pas à s'insérer de façon régulière et rentrant en conflit avec ses collègues qui se moquent d'elle, la méprisent et la tiennent à l'écart. A plusieurs reprises, dit-elle, au cours des années précédentes, des collègues se sont ligués contre elle, au point qu'elle a dû demander sa mutation. Cette fois-ci, elle a compris qu'un complot s'ourdit contre elle et implique la plupart des professeurs du collège. Elle a perçu des allusions particulières, des regards soupçonneux, des remarques blessantes. Elle est persuadée que plusieurs de ses collègues parlent d'elle quand elle les voit bavarder dans la cour. A plusieurs reprises, elle a cru égarer des livres et des copies, mais elle est sûre à présent que ces objets lui ont été dérobés. Ces phénomènes sont limités au collège et ne se produisent ni dans la rue, ni dans son immeuble. Petra n'a pas de relations sentimentales, elle se méfie des hommes, ils risqueraient de l'exploiter. Elle s'exprime clairement, très persuadée de ce qu'elle affirme. Elle se sent nerveuse, excitée, ayant du mal a trouver le sommeil. Elle a parfois très envie de se déchaîner contre l'une de ses collègues, pense la frapper ou porter plainte auprès de l'administration. Au cours des entretiens avec les infirmiers et les médecins, elle est aimable mais réservée, vigilante et pose souvent des questions : pourquoi notez-vous tout ça dans le dossier? Les autres malades vont-ils rentrer dans ma chambre? Est-ce que l'on va savoir que je suis hospitalisée en psychiatrie? Quinze jours plus tard, la patiente se trouve apaisée, a retrouvé le sommeil, a revu quelques une de ses amies lors de sorties en permission.

 

 

 

3. LES PERVERSIONS

 

Le terme même de perversion pose de réelles difficultés : il présume qu'il existe une Loi (car pour la pervertir, il faut bien qu'elle existe en premier lieu). Or, est-il une Loi qui soit première, ou bien n'est-il de Loi qu'une fabrication par un groupe d'homme? La question s'avère plus ardue lorsque le terme de Loi est appliqué à la sexualité: y a-t-il une Loi sexuelle?

 

La question de la Loi, c'est-à-dire d'une norme organisée, reconnue comme telle et respectée, définit classiquement la structure perverse. Le sujet pervers ne peut jouïr, trouver du plaisir qu'à mesure d'un contournement de la Loi. Voilà une définition stricte de la perversion. La Loi de la sexualité (modèle imposé essentiellement par l'Eglise) étant le choix d'objet hétérosexuel aux fins de procréation, tout écart sera, au sens strict du terme, pervers. La question de l'homosexualité est d'emblée posée. Mais elle vient se heurter à une autre découverte, celle de l'existence d'une perversion originaire (tout homme serait pervers en ses débuts...) : l'enfant n'est-il pas ignorant de cette Loi? Il en ressort une grande difficulté à manier cette structure, car l'on admet traditionnellement que ni la médecine, ni les psychothérapies, ni la psychanalyse ne seront d'aucun secours pour les sujets pervers, qui s'obstineront, s'entêteront dans leur perversion, et ne trouveront plaisir qu'à pervertir la Loi. La série (des méfaits pervers) serait sans fin...

 

Il existe nombre de modèles qui ont tenté des explications. Les comportementalistes estiment qu'il s'agit d'une fixation à un stade du développement sexuel; les psychanalystes penchent pour une négociation intentée à la castration. Il s'agit essentiellement de ne pas oublier la dimension souffrante du sujet, qui ne parvient pas à une obtention de plaisir satisfaisante à ses yeux ni à ceux d'autrui. Enfin, l'on ne peut oublier ici la distinction entre trait et structure : si des tentations perverses existent bel et bien chez chaque sujet, cela n'en fait pas un sujet pervers structuralement... Cela impose une grande prudence, et nous permet de déclarer qu'il n'est que très peu de sujets qui soient réellement pervers, au sens de la structure...

 

L'on a coutume de classer parmi les perversions, les perversions sexuelles : fétichisme (utilisation d'objets « fétiches » dans l'excitation sexuelle), transvestisme (port de vêtements féminins pour l'homme), voyeurisme (excitation sexuelle liée au regard porté sur l'autre), exhibitionnisme (excitation sexuelle liée au regard porté par l'autre), sadisme (excitation sexuelle liée à la souffrance de l'autre), masochisme (excitation sexuelle liée à sa souffrance propre), pédophilie (relation sexuelle avec des enfants pré-pubères), zoophilie (relation sexuelle avec un animal), nécrophilie (relation sexuelle avec un cadavre), gérontophilie (relation sexuelle avec une personne de grand âge), urophilie (excitation sexuelle liée à l'urine), scatophilie (excitation sexuelle liée aux fèces), inceste, frotteurisme, triolisme, échangisme, etc...

 

Il est également toute une classe de perversions à couleur plus sociale : la kleptomanie (compulsion au vol d'objets sans besoin financier), pyromanie (compulsion à allumer des feux), jeu pathologique (casino, courses, loterie irrépressibles), ...

 

L'abord de la perversion n'est pas aisée, d'autant plus que les sujets pervers ne cherchent jamais de cure à leur souffrance; voire, pire, ils recherchent souvent un alibi médical afin de poursuivre leur modalité perverse.

HASHTAGS :

 

névrose, addiction, aliénation, dépression, stade anal, angoisse, autoérotisme, conscience, borderline, acte manqué, castration, censure, psychose, condensation, transfert/contre-transfert, pulsions de mort/pulsions de vie, mécanisme de défense, dette symbolique, après-coup, bouffée délirante aigüe, inconscient, dépression, déni, dépersonnalisation, rêve, construction, choix d’objet, acting out, angoisse de morcellement, traversée du fantasme, bisexualité psychique, cannibalisme, sentiment d’infériorité, névrose familiale, bon objet/mauvais objet, pulsion de destruction, déplacement, idéal du moi/moi idéal, exhibitionnisme, roman familial, sentiment d’étrangeté, homosexualité, fixation érotomaniaque, névrose de destinée, l’Autre de l’autre, lapsus, frustration, identité sexuelle, hallucination, hystérie, hypocondrie, imaginaire, imago, inceste, identification, ça, incorporation, plus-de-jouir, inhibition, introjection, libido, névrose d’angoisse, perlaboration, mot d’esprit, bouteille de Klein, manque, libido, période de latence, narcissisme de vie/narcissisme de mort, masochisme, sadisme, automatisme mental, métaphore/métonymie, stade du miroir, bande de Möbius, mythe, nécrophilie, dénégation, besoin de punition, relation d’objet, névrose obsessionnelle, position schizo-paranoïde, envie du pénis, phallus, perversion, phobie, principe de plaisir/principe de réalité, importance du prototype, jouissance, privation, réparation, sublimation, théories sexuelles infantiles, cartographie érogène, fétichisme, clivage du moi, sexualité infantile, projection, réel/symbolique/imaginaire, symptôme, répétition, trois temps du refoulement, régression, résistance, schizophrénie, autisme, souvenir-écran, stratégie d’échec, conscience de culpabilité, stade du miroir, signifiant/signifié, image spéculaire, énoncé/énonciation, sujet de l’inconscient, surmoi, attention flottante, transsexualisme, topologie, objet transitionnel, traumatisme, vérité, voyeurisme, désir, travail du deuil.